FAQ

Quelques réponses à diverses questions revenant souvent en salons, dédicace ou sur le net, et permettant peut-être aussi d’éclairer le métier d’auteur et sa réalité, très différente de l’idée que l’on peut s’en faire parfois.
Virgul, un chat décidemment plein de ressources, a accepté de synthétiser tout cela et d’interroger son ami écrivain.



Y aura-t-il une suite à The Gutter ?
Ce n’est pas d’actualité pour le moment. Bien que Serge soit partant et que nous ayons l’accord de l’éditeur, je privilégie d’autres projets qui me prennent déjà énormément de temps, notamment l’écriture de romans, ce qui reste tout de même mon domaine de prédilection.
Lisant moins de comics que par le passé, j’ai également moins de « matière » et ne me lancerai pas dans la conception d’un deuxième tome si j’estime sa qualité insuffisante par rapport au premier.

Faut-il demander une autorisation pour utiliser des personnages sous licence, comme ceux de Marvel et DC ?
Une question qui revient très souvent, même certains auteurs et éditeurs ignorent d’ailleurs tout du cadre légal qui réglemente la parodie et l’usage de personnages dont on ne détient pas les droits.
Non, en réalité aucune autorisation n’est nécessaire, en tout cas pas dans le cadre d’une parodie qui constitue une exception légale au droit d’auteur.
Il est cependant nécessaire de respecter quelques principes : le but doit clairement être humoristique, il ne doit pas y avoir risque de confusion avec l’œuvre originale, et enfin, la parodie ne doit pas porter préjudice à l’auteur de l’œuvre originale.

Combien de temps faut-il pour réaliser une BD comme The Gutter ?
Lorsque Serge est arrivé sur le projet, nous avons mis environ un an pour le finaliser. Le travail d’écriture avait débuté bien avant et il a été nécessaire ensuite de s’atteler à différentes tâches, comme la supervision de la colorisation, la conception des bonus, les retouches graphiques, etc. En réalité, entre l’idée de départ du projet et sa sortie en album, il se sera écoulé environ… quatre ans (en sachant que le projet a stagné pendant un temps faute de dessinateur).

Pourquoi te lancer dans les romans au lieu de continuer la BD ?
Parce que je n’ai jamais ambitionné de devenir scénariste de BD. ;o)
Certains parfois pensent également que je suis un « blogueur » qui s’est lancé dans l’écriture alors que c’est en fait exactement l’inverse. J’écris, de manière régulière, dans une optique professionnelle, depuis 2002. Mes premiers textes ont été publiés en 2006. J’ai donc lancé UMAC après, en parallèle. De la même manière, mes différents travaux en tant que rédacteur ou correcteur ne sont pas une fin en soi mais une activité complémentaire nécessaire (sur le plan financier, mais également enrichissante et en connexion directe avec l’édition en général).
The Gutter me tenait à cœur parce qu’il s’agit d’une sorte de commentaire amusé sur les habitudes et tics des auteurs et éditeurs de comics. La forme dessinée était la plus appropriée pour un tel sujet, mais la plupart du temps, mes récits se développent naturellement sous forme de nouvelles ou romans, support qui me laisse un maximum de liberté en tant qu’auteur.

The Gutter et Le Sang des Héros sont tous les deux proches de la thématique des super-héros, est-ce ton genre de prédilection ?
En réalité, non, il s’agit d’un hasard si les deux projets d’envergure qui aboutissent à un an d’intervalle semblent liés thématiquement. Bien que j’aie une préférence pour le fantastique, j’ai écrit des nouvelles dans des genres bien différents (comédie, polar, historique, SF…).
De plus, Le Sang des Héros est certes basé sur les pouvoirs mais dans un cadre réaliste débarrassé du folklore super-héroïque (pas de costumes, d’identités secrètes, de « super-vilains »…). Et alors que The Gutter est dans le registre du décalage et de l’humour, Le Sang des Héros est une histoire sombre, tragique même, sur l’amitié, les excès liés à la nature humaine et les aspects négatifs générés même involontairement par tout système social organisé.

Es-tu sensible à la critique ?
Tout dépend de ce que l’on entend par « critique ».
S’il s’agit d’un simple « j’aime/j’aime pas », non, pas vraiment. Bien entendu je préfère qu’un lecteur me dise qu’il a aimé l’un de mes récits, mais il est normal qu’ils ne conviennent pas à tout le monde. 
Je suis par contre plus sensible aux critiques techniques qui pourraient éventuellement mettre en avant une erreur, une faille (incohérence, coquille, effet raté…). Ces critiques-là sont évidemment intéressantes lorsqu’elles nous permettent de prendre conscience d’une maladresse, toujours possible même si nous (mes éditeurs et moi-même) faisons en sorte de travailler suffisamment en amont pour que ce qui est publié soit le plus abouti possible.

D’où te viennent tes idées de récit ? / Une bonne imagination est-elle indispensable pour un écrivain ?
Au risque de surprendre, non, l’imagination n’est pas selon moi la qualité principale du conteur (scénariste ou romancier). Tout le monde imagine des histoires (peut-être moins une fois adulte, mais on l’a tous fait étant enfant). Le propre de l’écrivain, c’est de faire en sorte de les rendre agréables, intéressantes, de les développer avec un savoir-faire technique (réel bien que transparent, à l’inverse d’autres domaines artistiques comme la musique, où la technique est plus évidente et perçue même par un profane).
Mes sources d’inspiration sont nombreuses, la musique, les faits divers, la science, l’Histoire sont autant de domaines permettant de trouver une thématique ou simplement une anecdote, un élément, venant enrichir une scène ou un personnage.

Que penses-tu de l’autoédition ?
Ça a le mérite d’exister. Personnellement, je ne l’ai jamais envisagée et reste très circonspect quant à son intérêt.
Même chez un éditeur important, disposant d’un réseau de diffusion et distribution, un premier roman d’un auteur inconnu va se vendre à quelques centaines d’exemplaires seulement. En se lançant seul dans l’aventure éditoriale (chronophage et demandant tout de même une certaine expérience), un auteur va au-devant de grandes difficultés. L’autoédition demande un investissement financier (ne serait-ce que pour les coûts d’impression), il faut gérer les stocks, effectuer l’enregistrement des ouvrages dans les différentes banques de données, tenter de les placer dans quelques librairies, s’occuper de la promotion, tout cela sans contacts, sans forcément les connaissances suffisantes. Et surtout, l’autoédition prive l’auteur du travail en amont, en collaboration avec l’éditeur, permettant d’améliorer l’œuvre avant publication.
Il n’est pas facile de trouver un éditeur sérieux, bénéficiant d’une réelle expérience, disposant d’un réseau, proposant un contrat honnête, mais c’est pourtant le meilleur choix possible. L’autoédition, même si elle peut être justifiée parfois dans le cas de projets très particuliers, est trop souvent un signe d’impatience plutôt qu’un choix réfléchi.
Pour prendre un exemple concret, il m’a fallu un an et demi pour écrire Le Sang des Héros et deux ans et demi pour trouver un éditeur, ce qui est encore un délai très raisonnable (en sachant que les envois coûtent chers et qu’il est impossible de les multiplier sur un seul mois).
L’apprentissage de l’écriture se compte en années, tout comme l’aboutissement d’un projet, de sa conception à sa publication. Le temps éditorial est un temps particulier, il faut s’armer de patience et penser sur le long terme, les raccourcis ne sont pas toujours une bonne solution.

Que penses-tu des rencontres avec les lecteurs ?
Tout dépend, les salons sont par exemple différents des dédicaces en librairie.
De manière générale, même si j’estime normal de participer à ce genre de manifestations, j’avoue que ce n’est pas l’aspect du métier qui me fascine le plus. ;o)
Je suis un peu casanier, voire asocial, ce qui ne fait pas de moi un commercial né. Ayant moi-même horreur de ça, je ne cherche jamais à « alpaguer » le passant par exemple (on ne peut pas forcer la main d’un lecteur), mais si l’on vient me poser des questions sur mon travail, j’y réponds avec grand plaisir.
Les salons sont souvent l’occasion également de rencontrer des collègues, d’autres auteurs et éditeurs. Cela permet de briser un peu l’isolement propre à l’auteur (d’autant que tous mes autres jobs se font en télétravail depuis des années).

Le Sang des Héros fait-il partie d’un cycle ou est-ce un roman unique ?
Il s’agit d’une histoire complète, avec une réelle conclusion. Cependant, j’ai en projet une intrigue se déroulant dans le même univers et revenant sur le parcours d’un personnage secondaire qui est mentionné plusieurs fois dans LSDH. Mais rien n’est encore sûr, d’autant que je travaille actuellement sur quelque chose de très différent et que je n’ai donc que les grandes lignes et quelques chapitres de cet éventuel deuxième opus (les deux étant conçus pour pouvoir de toute façon être lus indépendamment et dans n’importe quel ordre).

Pourquoi l'intrigue du Sang des Héros se déroule-t-elle aux États-Unis ?
Il me semblait qu'une super-puissance était le cadre idéal pour un roman traitant du thème du pouvoir sous toutes ses formes. De plus, cela m'a permis de faire allusion à des hommes de pouvoir (JFK ou Jefferson Davis) ayant connu un destin tragique chacun à leur manière, ce qui là encore correspond bien au ton du récit, dans lequel les pouvoirs ont souvent des conséquences dramatiques. Enfin, les États-Unis restent le berceau des super-héros et un lieu de ce fait privilégié pour écrire cette variation réaliste sur ce thème si américain dans l'âme. Je signale d'ailleurs que les noms des personnages sont des variations de noms d'auteurs de comics.

Quelles études faut-il suivre lorsque l’on veut devenir écrivain ? (question qui revient souvent de la part des plus jeunes)
A priori, on pourrait dire un cursus littéraire, mais il n’y a en réalité pas vraiment de règles. Certains auteurs de best-sellers ont suivi des études scientifiques ou économiques. C’est donc plus une question d’appétit (féroce) pour la lecture et de séances d’écriture régulières.
Il existe quelques ouvrages se penchant sur les éléments techniques de l’écriture, comme The Writer’s Journey de Christopher Vogler ou Character & Viewpoint de Orson Scott Card, voire même On Writing de Stephen King (plus anecdotique). Cependant, même si ces livres synthétisent des éléments importants, ils ne constituent en aucune façon des manuels permettant de « bien écrire ».
Chaque auteur suit une Voie qui lui est propre et construit patiemment son style. Pour cela, il n’y a pas de filière spécialement recommandée (à part peut-être si elle vous permet d’avoir un bon travail à côté, car l’on ne devient pas riche – ou très rarement – en écrivant des livres).

Quelles sont tes influences ?
Stephen King, qui est selon moi le maître, non de l’horreur, comme certains journalistes le prétendent, mais de la construction de personnages et de l’émotion. Son style est imparable, sa plume magique. Son cycle de La Tour Sombre est à lire absolument, tout comme Le Fléau, Ça ou encore Dôme. Mais chaque King est bon à prendre en réalité.
Le 1984 d’Orwell reste pour moi un monument de l’anticipation dystopique. Les éléments qui sont développés par l’auteur, à commencer par la novlangue ou la doublepensée, sont d’une intelligence remarquable.
Des Fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, est un classique bouleversant.
Et comment ne pas citer Philip K. Dick, auteur inspiré de romans tels que Le Maître du Haut Château ou Ubik ?
Mes goûts en matière de romans sont très éclectiques, cela peut aller de l’heroic fantasy réalisto-crade d’Abercrombie, aux polars rugueux du genre Bull Mountain de Panowich ou Une Contrée Paisible et Froide de Lindemuth, en passant par les romans « de gare », bardés de défauts, d’un Koontz. J’aime beaucoup aussi Pierre Lemaître, dont le Goncourt est tout à fait mérité et dont les polars sont des modèles de construction.
En ce qui concerne la BD, notamment américaine, j’apprécie la finesse d’un J.M. Straczynski ou le côté « trash intelligent » d’un Garth Ennis.

Es-tu favorable au développement du format numérique en ce qui concerne les livres ?
Pour les romans, oui. C’est une évolution logique, inéluctable et très pratique (surtout quand on lit beaucoup). Je n’étais pas très chaud au début, mais la qualité des liseuses (notamment le Kindle) m’a convaincu. En France (contrairement à l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne…), les prix des romans numériques sont souvent (cela dépend des éditeurs) maintenus à un niveau artificiellement élevé que rien ne justifie. Cela reste néanmoins moins onéreux que le format papier et, avec un confort de lecture égal, cela permet aussi de bénéficier de véritables avantages pratiques.
Pour les BD, je suis moins convaincu, surtout parce que « l’objet » en tant que tel a une grande importance pour les collectionneurs.

Ton avis sur le téléchargement illégal ?
Que cela concerne les livres, la musique ou les films et séries, je suis évidemment contre.
Comme beaucoup, au début, j’ai téléchargé avec frénésie, sans me poser de questions, parce que j’avais accès à des œuvres « gratuites ». Pourtant, en y réfléchissant, je me suis rendu compte de l’importance de l’acte et des conséquences réelles sur les artistes.
En général, les gens qui justifient ce genre de pratiques évoquent deux arguments.
D’une part, le prix trop élevé des biens culturels. À cela je réponds que le prix des Mercedes est élevé aussi et il ne me vient pourtant pas à l’idée d’en voler une.
D’autre part, le « droit d’accès » à la culture. Bon, faut pas déconner, télécharger le dernier Harry Potter ou un album d’Iron Maiden (que j’apprécie), cela ne me semble pas relever d’une soif inextinguible de culture. Non seulement il existe des œuvres gratuites, tombées dans le domaine public, mais mieux encore, les bibliothèques et médiathèques, très nombreuses et bien fournies, permettent un accès légal et gratuit à un tas de livres, BD, films, etc. Il est même possible de demander ce qui n’est pas forcément disponible immédiatement. Même si la rémunération des auteurs par ce biais est un peu complexe (voire aléatoire), elle a le mérite d’exister et d’être préférable au vol.
Ce n’est pas parce que dépouiller les auteurs (déjà peu rémunérés) est facile que c’est acceptable. Et à long terme, cela ne peut aboutir qu’à une catastrophe (si demain, l’on peut télécharger gratuitement les croissants de votre boulanger, je vous assure qu’il cessera rapidement d’en produire).

UMAC est-il encore pour toi une priorité ? / Le site va-t-il perdurer ?
UMAC n’a jamais été pour moi une « priorité », ceci dit, cela ne nous empêche pas d’entamer, en 2017, notre douzième saison et d’aligner plus de 1800 articles. Et par « article », j’entends des chroniques argumentées, illustrées, soignées.
Nous ne gagnons rien avec UMAC (par choix, je refuse que la ligne éditoriale soit influencée par des partenariats ou de la publicité) mais nous ne perdons pas d’argent non plus. Il n’y a donc aucune raison pour que le site disparaisse. Seul le rythme de publication peut éventuellement varier, mais j'ai toujours, depuis le départ, privilégié la qualité à la quantité.
Avec l’ouverture du site vers des domaines artistiques divers et l’arrivée de nouvelles plumes, plus que jamais UMAC semble non seulement en bonne voie mais également une forme de réponse alternative aux usines à news dont le contenu est régi par les accointances et la recherche de l’affluence.
J’ai souvent revendiqué, en ce qui concerne UMAC, la filiation spirituelle avec Hebdogiciel, je continue de le faire. Au moins sur la liberté de ton. Quant à notre sérieux, chacun en jugera.
Nous sommes un drôle de groupe, un assemblage hétéroclite d’auteurs, graphistes, profs, journalistes, passionnés, mais le résultat me plait bien. Parce qu’il est honnête et ne se retrouve, à mon sens, nulle part ailleurs.
Et puis UMAC m’a apporté trop de choses, indirectement, pour que j’en vienne à le bazarder un soir de déprime.

Tu sembles ne plus participer aux concours littéraires depuis plusieurs années, pourquoi ?
D'abord parce que la plupart des concours sont destinés aux écrivains amateurs, une fois que l'on a été édité à compte d'éditeur, il n'est plus possible de participer.  Mais surtout parce que les concours ont été pour moi une sorte de passage obligé. J'avais inconsciemment besoin que l'on "m'autorise" à écrire. La publication de nouvelles dans des magazines que je jugeais respectables, ou encore le fait de décrocher un podium dans des concours réputés, organisés par des auteurs ou éditeurs sérieux, m'ont permis de passer un cap.
Bien qu'il n'en sache rien, c'est surtout Alain Absire qui m'a permis, avec une petite phrase dont il ne mesurait probablement pas l'importance sur le moment, de prendre définitivement le large et de me considérer comme un auteur à part entière. Ce fut une rencontre fugitive mais ô combien importante.
Je n'ai plus aujourd'hui l'envie de "prouver" ou d'être "récompensé", juste la certitude d'avoir quelques histoires à raconter. Si elles trouvent un écho favorable, tant mieux, mais je suis maintenant si "loin dans le sang", pour paraphraser Shakespeare, qu'un retour en arrière me serait aussi pénible qu'une fuite en avant.

Qu’est-ce qui te plait le plus dans l’écriture ?
J’aime l’aspect magique de l’écriture, la possibilité de créer de véritables émotions, à distance, chez un parfait inconnu, à l'aide d'un peu d’encre et de papier. Cela relève à la fois du bricolage et de la sorcellerie. Une sorte de noble artisanat en quelque sorte.
Et puis, il faut bien le dire, les fictions sont souvent plus belles que le réel. Même si elles ne doivent pas supplanter la réalité mais aider à la supporter.
J'aime surtout, en tant que lecteur, ce moment où l'on est obligé de tourner la page, où l'on est "dedans", surexcité, fébrile, totalement conquis et immergé. C'est ce point de non-retour que j'essaie d'atteindre en tant qu'auteur. Ce basculement essentiel où l'on parvient à tout emporter.
Mais ce n'est jamais gagné. C'est cela aussi qui est passionnant. Il n'y a pas de recettes. On sait en gros ce qu'il ne faut pas faire, mais le reste dépend de tellement d'éléments que tenter de totalement rationaliser l'écriture revient à tenter de prévoir la météo. On peut faire semblant de le faire, mais dans les faits, c'est impossible.    
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